Qui pilote le processus S&OP ? Rôles, étapes et outils du Plan Industriel et Commercial

personnes en réunion de travail devant leurs PC portables illustrant qui pilote le processus S&OP

S’il « y a bien un pilote dans l’a­vion », il s’a­git avant tout une aven­ture humaine et d’a­li­gne­ment. Le rôle du pilote du pro­ces­sus S&OP quant à lui, est par­ta­gé à plu­sieurs niveaux.

Ain­si, co-pilo­té par le Res­pon­sable S&OP (ou Direc­teur Sup­ply Chain) au niveau opé­ra­tion­nel et le Direc­teur Géné­ral (CEO) au niveau déci­sion­nel, pour qu’il fonc­tionne, ce pro­ces­sus unique par son degré de cri­ti­ci­té, requiert une gou­ver­nance trans­verse impli­quant les direc­tions Com­mer­ciale, Mar­ke­ting, Opérations/Production et Finance.

S&OP ou PIC : de quoi parle-t-on exactement ?

Le S&OP – Sales & Ope­ra­tions Plan­ning se tra­duit en fran­çais par Plan Indus­triel et Com­mer­cial (PIC).

Le dic­tion­naire de l’ASCM (Asso­cia­tion for Sup­ply Chain Mana­ge­ment, ex-APICS), 14e édi­tion, le défi­nit comme un « pro­ces­sus d’é­la­bo­ra­tion de plans tac­tiques » qui per­met à la direc­tion de pilo­ter stra­té­gi­que­ment l’en­tre­prise en inté­grant les plans com­mer­ciaux à la ges­tion de la sup­ply chain.

Le S&OP se situe sur le moyen terme. On le dis­tingue du S&OE (Sales and Ope­ra­tions Exe­cu­tion), qui pilote l’exé­cu­tion à court terme.

Qui le pilote ?

  • le spon­sor exé­cu­tif (Le Direc­teur Géné­ral ou Comi­té Exé­cu­tif). Il « fixe les attentes de la direc­tion, auto­rise les res­sources néces­saires et lève les obstacles » ;
  • le res­pon­sable du pro­ces­sus S&OP/Supply Chain. Lui « dirige/orchestre le pro­ces­sus men­suel, gère les conflits et guide les équipes vers le consensus ».

Le livre blanc ALOER – Le S&OP dans les PME/PMI place en tête d’af­fiche, la direc­tion géné­rale et confie l’a­ni­ma­tion du cycle à un « admi­nis­tra­teur », c’est à dire un « acteur métier qui assure un rôle transversal ». 

Pourquoi la question « Y a‑t-il un pilote ? » se pose souvent ?

vue du cockpit d'un avion pour imager le processus S&OP qui dérape sans pilote
  • Per­sonne n’a l’au­to­ri­té de tran­cher : si le res­pon­sable S&OP anime les réunions mais n’a pas de poids poli­tique pour for­cer les dépar­te­ments (ventes ou pro­duc­tion) à s’a­li­gner, le pro­ces­sus devient un simple échange de cour­toi­sies sans décisions,
  • La direc­tion s’en dés­in­té­resse : si la réunion de vali­da­tion exé­cu­tive est annu­lée ou trans­for­mée en simple réunion d’in­for­ma­tion, le S&OP perd sa rai­son d’être stratégique,
  • Le flou des rôles : confondre l’a­ni­ma­tion opé­ra­tion­nelle (por­tée par le S&OP Mana­ger) et la res­pon­sa­bi­li­té des chiffres (por­tée par les direc­teurs de chaque métier).

Pourquoi le S&OP est-il crucial pour un industriel ?

Le scé­na­rio est connu : les ventes pro­mettent, la pro­duc­tion subit, et la finance découvre l’ad­di­tion en fin de mois. 

Chaque fonc­tion opti­mise son propre indicateur : 

  • chiffre d’af­faires pour le commerce, 
  • pro­duc­ti­vi­té pour l’usine, 
  • BFR (Besoin en Fonds de Rou­le­ment) pour la direc­tion financière.

Résul­tat : des rup­tures sur les réfé­rences stra­té­giques et des sur­stocks sur les autres.

Le S&OP résout ce défaut d’a­li­gne­ment en impo­sant un ren­dez-vous men­suel où la demande, les capa­ci­tés et les finances sont confron­tées sur un plan unique. 

Dans la phar­ma­cie et la cos­mé­tique, l’en­jeu est ampli­fié : dates de péremp­tion, libé­ra­tion des lots et contraintes des BPF (Bonnes Pra­tiques de Fabri­ca­tion) réduisent for­te­ment la marge d’im­pro­vi­sa­tion. Un sur­stock ne dort pas seule­ment : il peut finir détruit.

Les étapes clés du cycle S&OP mensuel

La pré­sen­ta­tion ASCM décrit un cycle men­suel en cinq étapes.

Le tableau ci-des­sous pré­cise, à titre indi­ca­tif, qui pilote cha­cune d’elles.

ÉtapeCe qui s’y décidePilote type (indi­ca­tif)
1. Col­lecte des donnéesHis­to­rique des ventes, stocks, car­net de com­mandes, capacitésAdmi­nis­tra­teur S&OP
2. Ges­tion de la demande (demand review)Pré­vi­sion consen­suelle par famille de produitsDirec­tion com­mer­ciale, demand planner
3. Pla­ni­fi­ca­tion des capa­ci­tés (sup­ply review)Charge/capacité, appro­vi­sion­ne­ments, stocks ciblesDirec­tion des opé­ra­tions, sup­ply planner
4. Réunion pré‑S&OPÉcarts, 2 ou 3 scé­na­rios chif­frés, points à arbitrerRes­pon­sable du pro­ces­sus S&OP, finance
5. Vali­da­tion exé­cu­tive (Exe­cu­tive S&OP)Arbi­trage et vali­da­tion du plan uniqueDirec­tion géné­rale (spon­sor)

Étapes 1 et 2 : quelle demande servir ?

La col­lecte fia­bi­lise les don­nées d’en­trée ; la revue de la demande trans­forme une pré­vi­sion sta­tis­tique en pré­vi­sion consen­suelle, enri­chie par le mar­ke­ting et les ventes. C’est le ter­rain du demand plan­ner, en amont du tra­vail de l’appro­vi­sion­neur.

Étape 3 : planifier les capacités

La revue de l’offre confronte la demande aux capa­ci­tés : lignes, main‑d’œuvre, four­nis­seurs, sto­ckage. Les gou­lots d’é­tran­gle­ment appa­raissent ici, avant de deve­nir des retards clients.

Étapes 4 et 5 : comment préparer puis arbitrer ?

La réunion pré‑S&OP pré­pare les déci­sions sans les prendre. Le livre blanc ALOER recom­mande 2 ou 3 scé­na­rios chif­frés par la direc­tion finan­cière, des tableaux de syn­thèse de 7 lignes au maxi­mum et une réunion exé­cu­tive de 2 heures au plus : « Au-delà de 2 heures, vous faites perdre du temps à tout le monde ! » 

Quels bénéfices concrets attendre du S&OP ?

les mains d'une personne avec calculatrice et carnet de notes illustrant les bénéfices concrets du S&OP

Réduction des stocks

Gart­ner rap­porte le cas d’un fabri­cant d’ha­bille­ment amé­ri­cain (envi­ron 800 M$ de chiffre d’af­faires) dont la trans­for­ma­tion S&OP et ges­tion des stocks a réduit le stock total de 27 % et le coût des ventes de 10 M$.

Amélioration du taux de service client

Selon une autre enquête Gart­ner 41 % des entre­prises inter­ro­gées constatent ou attendent une amé­lio­ra­tion de leur per­for­mance de livrai­son, et 32 % citent la baisse des ventes perdues.

Meilleure rentabilité financière

En chif­frant chaque scé­na­rio, la direc­tion finan­cière relie enfin volumes et marges. 

Point de vigi­lance : l’IBF (Ins­ti­tute of Busi­ness Fore­cas­ting & Plan­ning) sou­ligne que ses don­nées d’en­quête récentes « ne prouvent pas entiè­re­ment » ces béné­fices. Ils dépendent de la matu­ri­té du pro­ces­sus, pas de la simple tenue d’une réunion mensuelle.

Quels outils et logiciels pour piloter le S&OP ?

Selon l’en­quête d’ABC Sup­ply Chain menée auprès de 164 pro­fes­sion­nels du S&OP dans 54 pays, 81,1 % pilotent encore leur pro­ces­sus sous Excel ou Google Sheets.

Pour pilo­ter leur S&OP, les entre­prises uti­lisent donc plu­sieurs grandes caté­go­ries d’outils :

1. Les tableurs et outils bureautiques

  • Micro­soft Excel / Google Sheets : très répan­du pour démar­rer ou pour des struc­tures simples, mais vite limi­té par la ges­tion des ver­sions, le manque de par­tage en temps réel et la com­plexi­té des modèles multi-acteurs. 

2. Les logi­ciels APS (Advan­ced Plan­ning Sys­tems)

  • Infor Inte­gra­ted Busi­ness Plan­ning (IBP) : suite logi­cielle recon­nue pour les pré­vi­sions de demande et l’op­ti­mi­sa­tion des stocks par un équi­li­brage de l’approvisionnement et de la demande.
  • Oracle S&OP Cloud : outil puis­sant pour l’a­na­lyse de scé­na­rios, la simu­la­tion et l’a­li­gne­ment financier/opérationnel.
  • SAP Inte­gra­ted Busi­ness Plan­ning (IBP) : solu­tion lourde et com­plète pour les grands groupes, inté­grant pré­vi­sions pilo­tées par l’IA et modé­li­sa­tion glo­bale de la sup­ply chain.

3. Les pla­te­formes EPM (Enter­prise Per­for­mance Mana­ge­ment) et de pla­ni­fi­ca­tion connectée

  • Ana­plan : pla­te­forme cloud per­met­tant de lier les plans de reve­nus, les bud­gets finan­ciers et les contraintes de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en temps réel via des tableaux de bord interactifs.
  • Gana­cos : solu­tion orien­tée sur l’é­la­bo­ra­tion bud­gé­taire, la simu­la­tion de scé­na­rios et l’a­li­gne­ment des ventes et de la production.
  • Infor EPM : pla­te­forme cloud per­mettent la pla­ni­fi­ca­tion, bud­gé­ti­sa­tion, les pré­vi­sions, et une conso­li­da­tion finan­cière avec ana­lyse de scé­na­rios transparente.

Comme pour tout logi­ciel, le prin­cipe reste tou­jours le même : 

  • si le pro­ces­sus, ici le S&OP, est déjà en place et pérenne, alors l’ou­til infor­ma­tique sui­vra naturellement. 

Conclusion : votre S&OP a‑t-il un pilote, ou seulement des passagers ?

Le S&OP ne se décrète pas, il se pilote : une direc­tion géné­rale qui arbitre, un res­pon­sable de pro­ces­sus qui tient le rythme, des contri­bu­teurs qui pré­parent des don­nées fiables et un ERP qui sert de source unique de vérité.

FAQ : qui pilote le processus S&OP ?

Qui est res­pon­sable du S&OP dans une entre­prise ?

La direc­tion géné­rale en est le spon­sor. Elle décide lors de la réunion exé­cu­tive ; un res­pon­sable du pro­ces­sus S&OP qui anime le cycle mensuel.

Quelle dif­fé­rence entre S&OP et PIC ?

Aucune sur le fond : le PIC (Plan Indus­triel et Com­mer­cial) est la tra­duc­tion fran­çaise du S&OP.

Quelles sont les 5 étapes du S&OP ?

Col­lecte des don­nées, ges­tion de la demande, pla­ni­fi­ca­tion des capa­ci­tés, réunion pré‑S&OP et vali­da­tion exécutive.

Com­bien de temps doit durer la réunion S&OP exé­cu­tive ?

Le livre blanc ALOER recom­mande de ne pas dépas­ser 2 heures, avec 2 ou 3 scé­na­rios chiffrés.

Faut-il un logi­ciel dédié pour démar­rer un S&OP ?

Non : 81,1 % des pro­fes­sion­nels inter­ro­gés par ABC Sup­ply Chain (2025) uti­lisent un tableur. Le pro­ces­sus prime : un ERP avec des don­nées fiables. Et, à terme, un outil de pla­ni­fi­ca­tion qui apporte la robus­tesse du processus.