Si l’ERP est le socle incontournable de la Supply Chain, il a des limites très claires dès qu’on parle prévisions, planification avancée, ordonnancement fin ou S&OP collaboratif.

ERP et Supply Chain : un socle… pas une baguette magique
Rappelons tout d’abord un point que beaucoup d’industriels oublient volontiers : un ERP, même « dernière génération », reste d’abord un outil transactionnel :
- Un ERP enregistre des faits : ventes, achats, production, stocks…,
- il consolide des données,
- il sécurise la cohérence globale de l’entreprise
- … mais ce n’est pas un simulateur génial capable de « deviner » l’avenir à votre place !
Dans une vision structurée de la Supply Chain, l’ERP couvre très bien : achats, production, stocks, expéditions, facturation, sur des horizons court à moyen terme.
En face, les outils de Supply Chain Management apportent une vision orientée futur :
- prévisions,
- planification capacitaire,
- ordonnancement fin,
- S&OP,
- optimisation des stocks, etc.
Pour résumer la philosophie du Livre blanc Jusqu’où piloter sa Supply Chain avec un ERP ?
« Si tu construis un immeuble Supply Chain, l’ERP est la fondation ; les briques d’optimisation SCM viennent après, pas à la place. Installer un outil de prévisions hyper sophistiqué sur un ERP mal paramétré, c’est poser une verrière design sur un château de cartes. »
Prévisions de ventes « tant que tu tiens dans Excel, tu n’es pas mûr pour un APS. »
Concernant la prévision, soyons très pragmatique.
Avant de sortir l’artillerie statistique lourde, posons la question qui fâche un peu : « Avez vraiment besoin de prévisions ? »
En effet, voyons les cas où la prévision devient indispensable :
- délais clients plus courts que vos cycles de production,
- délais clients plus courts que vos délais d’approvisionnement,
- clients changeants, qui modifient fréquemment quantités, dates ou références.
Si vous n’êtes dans aucun de ces cas, il est inutile de lancer un projet prévision avec des indicateurs sophistiqués. L’on peut s’en passer et se concentrer sur le reste.
Dans le cas contraire, l’ERP apporte déjà une base solide : historiques de ventes, analyses par familles, clients, zones, commerciaux, etc., qui servent de support à la construction de prévisions enrichies par les équipes commerciales.
Deux messages clés issus du Livre blanc cité plus haut, parfaitement alignés avec l’esprit des limites de l’ERP :
- les prévisions doivent atterrir dans l’ERP, car c’est là que se déclenchent les achats et la production,
- trop de prévision tue la prévision : on ne prévoit pas tout, on se concentre sur les segments réellement sensibles (familles A, produits à long délai, clients volatils…).
Et comme souvent, l’humour sert la pédagogie. Rappelons par exemple que si l’on compare les ventes du mois M à des « prévisions » faites en M‑1, l’on obtient des KPI dignes d’une « médaille olympique » ! Mais essentiellement basés… sur son propre carnet de commandes.
Quand faut‑il basculer sur un outil spécialisé de Demand Planning ?
Quand Excel devient un cauchemar à maintenir :
- volumétrie trop importante,
- saisonnalités complexes,
- cannibalisation,
- multiples intervenants,
- fréquence de revue élevée.
Tant que votre prévisionniste « geek Excel » tient le choc et que le fichier ne dépend que de lui, l’ERP + Excel restent un combo acceptable.
Planification MRP : laisser l’ERP faire 80 % du travail
Rappelons l’intérêt du Calcul de Besoins Nets (CBN/MRP) S’il est souvent boudé ou mal utilisé dans beaucoup d’ERP, il est un formidable robot à tâches ingrates.
Le MRP s’appuie sur :
- les besoins clients (prévisions et/ou commandes fermes),
- les stocks disponibles,
- les paramètres de stocks (sécurité, points de commande, quantités économiques…),
- les nomenclatures et gammes,
- les délais d’approvisionnement et de fabrication.
Et oui ! Le CBN est « plein d’inconvénients » : délais en jours, pas de capacité finie, aucune prise en compte des temps de changement, peu de simulation, affichages souvent sous forme de listes austères.
Mais c’est précisément ce qui fait son intérêt : il traite automatiquement la partie « simple ». Soit, selon la formule : « 80 % de la planification, pour que le planificateur humain puisse se concentrer sur les 20 % vraiment critiques. »
Le vrai sujet n’est donc pas de critiquer le MRP, mais de fiabiliser ses données d’entrée :
- fiches articles correctement paramétrées (délais réalistes, stock de sécurité, lot économique…),
- nomenclatures et gammes propres,
- paramètres systèmes cohérents (site, règles de campagnes, sourcing, etc.),
- données dynamiques maîtrisées (stocks, commandes, OF, sous‑traitance, prévisions…).
Tant que ces bases ne sont pas propres, rêver d’un outil de planification avancée (APS) n’a aucun sens.
L’on se doit de le rappeler clairement : un outil spécialisé demandera des données encore plus précises que le CBN, pas moins.
Ensuite seulement, vient la planification avancée : capacités finies, lissage, simulations multi‑sites, etc. C’est le domaine des outils APS qui viennent compléter l’ERP, pas le remplacer.
Ordonnancement : quand le tableau blanc et Excel montrent leurs limites
Sur l’ordonnancement, soyons très direct : voilà un domaine dans lequel les ERP ne sont généralement pas à l’aise.

L’ordonnancement, c’est l’art de placer les OF au bon endroit, au bon moment, en tenant compte de contraintes fines :
- matrices de temps de changement (d’un produit ou d’une couleur à l’autre, etc.),
- contraintes de flux (distance entre les postes, chemins physiques…),
- nettoyages, maintenances, arrêts,
- ressources complémentaires (opérateurs, chariots, cuves, bacs…).
Trois « solutions » typiques illustrées dans le Livre Blanc cité :
- le tableau blanc mural : un Gantt taille réelle dans une salle sans fenêtre, dont la qualité dépend à 100 % de la tête de l’ordonnanceur,
- Excel « turbo » : l’ordonnanceur geek qui bâtit ses propres règles, macros et vues. Parfaitement efficace tant qu’il est là, ingérable dès qu’il part en week‑end,
- l’outil d’ordonnancement spécialisé : enfin une structuration des règles et des données, accessible à plus d’une personne, avec de vraies capacités de simulation.
Avec humour, rappelons en substance que : « si votre ordonnanceur a encore le temps de partir en vacances, c’est que votre besoin d’outil spécialisé n’est peut‑être pas si urgent. »
Quand passer à un outil d’ordonnancement dédié ?
Quand Excel ne suffit plus à absorber :
- la volumétrie,
- la complexité des contraintes,
- les changements d’ordonnanceurs,
- la nécessité de capitaliser les règles, ou les modifications fréquentes des priorités.
Mais là encore, l’ERP reste la référence des données (articles, OF, stocks) et l’outil d’ordonnancement vient en surcouche, via des interfaces robustes et clairement délimitées.
Gestion des stocks : de la première étoile au chamois
Sur les stocks, voici une métaphore très parlante : apprendre à réduire ses stocks, c’est un peu comme apprendre à skier… mais « sans les skis et sans la neige ». On progresse par niveaux : première étoile, deuxième, troisième, puis le chamois.

- Première étoile : savoir ce qu’on a en stock
L’ERP fournit : structure logistique (sites, dépôts, emplacements), articles, lots/séries, quantités, valorisation, mouvements, familles, ABC, etc. L’enjeu est de disposer d’outils d’extraction et d’analyse (BI, reporting, exports Excel) pour comprendre la réalité de ses stocks : matières, encours, produits finis, valeurs, volumes, rotations, stocks dépréciés. - Deuxième étoile : sécuriser la fiabilité des données
Soulignons toutes les petites dérives du quotidien : post‑consommations théoriques, quantités réceptionnées calées sur le BL fournisseur plutôt que sur la pesée réelle, rebuts fondus et réutilisés sans mouvements dans l’ERP, sans parler des oublis et du fameux « tombé du camion ». Avant d’optimiser, il faut savoir si ce que raconte l’ERP est crédible. - Troisième étoile : rationaliser les stocks
C’est le domaine des méthodes simples mais puissantes ! Comme l’ABC, pour ajuster les règles de gestion (stocks de sécurité, points de commande, quantités économiques), lancer des déstockages promotionnels, ou revoir les politiques d’achat et de planification. - Le chamois : passer au WMS spécialisé
Quand l’ERP ne suffit plus pour adresser les contraintes fines d’entrepôt, les WMS prennent le relais : affectation dynamique d’emplacements, cross‑docking, optimisation des parcours, modes de picking variés, contraintes de poids et volume, palettisation, etc. Mais là encore, mettons une limite nette ! Le WMS ne doit pas « avaler » la gestion de stock globale ; l’ERP doit rester la plaque de consolidation de l’information pour toute l’entreprise.
S&OP / PIC : trop complexe pour rester dans Excel
Enfin, abordons la couche stratégique : le Plan Industriel et Commercial (PIC / S&OP).
On peut le décrire comme la crête de la vague Supply Chain. On y croise prévisions, planification, et données financières, pour prendre des décisions structurantes à moyen/long terme (capacités, investissements, marges, ressources…).
Dans les faits, beaucoup d’entreprises s’appuient encore sur des exports ERP vers Excel.
Autant l’Excel est une bonne béquille pour une ABC, autant pour un S&OP collaboratif, avec plusieurs directions impliquées, c’est une très mauvaise idée :
- chaque acteur modifie ses chiffres dans son coin,
- et on perd toute notion de version commune.
D’où la nécessité d’outils collaboratifs dédiés au S&OP, capables de :
- gérer les workflows, validations, scénarios de simulation,
- consolider les axes temps / produits / géographies,
- intégrer la dimension financière et les KPI.
Insistons sur quelques règles d’or :
- commencer par des objectifs clairs (surcharges, marges, capacités, fiabilité des prévisions…),
- limiter le nombre de participants (4 à 6 décideurs avec pouvoir réel),
- choisir un cycle adapté (souvent mensuel) et un horizon de 6 à 18 périodes, couvrant au moins deux saisons si nécessaire,
- travailler sur des mailles consolidées (familles, zones) plutôt que sur le détail article x site,
- garder la règle « Keep it simple » : éviter les calculs ésotériques qui détournent le débat du fond.
Jusqu’où piloter sa Supply Chain avec un ERP ? La réponse de l’expert
La réponse de l’expert se dessine très clairement :
- L’ERP est indispensable pour structurer et fiabiliser la Supply Chain : transactions, données de base, MRP, stocks, référentiels.
- Tant que l’on a pas exploité correctement les capacités de l’ERP (et assaini ses données), ajouter un outil Supply Chain/APS/WMS spécialisé est prématuré.
- Les outils dédiés (prévisions, APS, ordonnancement, WMS, S&OP) prennent tout leur sens lorsque l’ERP a atteint ses limites fonctionnelles, pas avant.
En résumé, l’ERP n’est pas « la » solution Supply Chain, mais il en est la condition nécessaire : c’est le socle sur lequel s’appuie toute démarche d’optimisation étendue, du fournisseur de ton fournisseur jusqu’au client de ton client.
Et si vous voulez creuser au‑delà du Livre Blanc « Jusqu’où piloter sa Supply Chain avec un ERP ? » Jean-Benoît – son auteur prolonge précisément ces idées, avec le même ton expert… et le même humour discret mais bien senti dans ce webinar.
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